« 12 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 43-44], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10330, page consultée le 26 janvier 2026.
12 novembre [1839], mardi après-midi, 2 h. ¼
Merci, mon Toto bien-aimé, merci de la bonne matinée que tu m’as donnée. Merci, merci, j’en avais besoin. Je t’aime. Maintenant que tu as divorcéa avec le petit Toto1, j’espère que tu viendras plus souvent et même tous les jours car l’empêchement n’existe plus à présent. Oui, oui, mon pauvre bien-aimé, tu ne me refusesb rien, c’est bien vrai et je serai une infâme de dire le contraire et de l’oublier jamais. Tu es mon pauvre petit homme dévoué et généreux que j’aime de toute mon âme. Je voudrais seulement que tu me laissassesc prendre ma petite part de générosité et de désintéressement en te forçant à prendre soit la boîte ou touted autre chose qui ne me vient pas de toi et dont je n’ai pas un besoin essentiel. Toto serait bien i et moi bien heureuse. J’en suis toujours pour ce que j’en ai dit, mon adoré, vous êtes trop coquet et trop charmant pour un homme VERTUEUX et je suis sûre qu’il y a quelque chameau sous roche. Je vous conseille de prendre garde à vous car je ne suis pas une madame MOUSTACHES, MOI, et je vous enfoncerai mon grand couteau dans votre petit cœur sans sourciller. Je ne ris pas, entendez-vous. Prenez garde à vous. Baisez-moie alors et n’ayez pas si soin de votre perruque et laissez-moi ébourifferf votre étoile. Surtout ne tardez pas à revenir car j’ai déjà bien faim et soif de vous. Je vous aime, Toto, d’un amour insatiable. Vous ne me quitteriez pas de tous les jours et de toutes les nuits comme dans notre voyage que je ne trouverais pas encore que c’est assez, voilà ma capacité à moi. Je vous aime et je vous adore.
Juliette
1 François-Victor Hugo, surnommé Toto comme son père.
a « divorcée ».
b « refuse ».
c « laissasse ».
d « tout ».
e « Baiser-moi ».
f « ébourriffer ».
« 12 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 45-46], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10330, page consultée le 26 janvier 2026.
12 novembre [1839], mardi soir, 4 h. ½
Déjà la nuit, mon cher adoré, penses-tua à revenir bientôt ? Je suis déjà impatiente de te revoir autant et plus que si je ne t’avais pas vu ce matin. C’est que déjà très affamée, l’appétit me vient en mangeant, de sorte que c’est effrayant ce que je consommerais d’amour si tu voulais seulement m’en donner plein ma dent creuse. C’est aussi l’avis de Résisieux qui voudrait bien voir Mr Doi1. Jour Toto, jour, mon petit homme, soir pa, soir man. Quel bonheur si tu pouvais acheter cette maison de campagne. Depuis que tu m’as dit cela il m’est resté une espèce de joie en herbe qui ne demande pas mieux que de pousser et devenir du grand bonheur. C’est que ce serait si bon et si charmant que de s’appartenir presque tout entier. Quel bonheur !!!b Mais aussi si tu ne peux pas réaliser ce projet, j’aurai du chagrin et de la tristesse comme pour une chose qu’on perd et sur laquelle on comptait de tout son cœur. C’est égal, baise-moi et fais tout ton possible pour que nous soyionsc des bons petits amants bien heureux. Je vous attends, Toto, ne l’oubliez pas et venez tout de suite. Je vous aime, ça n’est pas ce soir que vous allez chezdVillemain j’espère. Dans tous les cas faites tout votre possible pour m’emmener, je ne serai pas fâchée de savoir combien de temps vous êtes resté à faire la ROUE chez le susdit. Ainsi, emmenez-moi et aimez-moi de toutes vos forces et de tout votre cœur comme je vous aime.
Juliette
1 Surnom que Résisieux Besancenot donne à Victor Hugo.
a « pense-tu ».
b Les trois points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.
c « soyons ».
d « cher ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
